Académie d’Alsace des Sciences, Lettres et Arts
    Académie d’Alsace   des Sciences, Lettres et Arts  

Allocution de Remise du Prix de la Décapole 2009

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Décapole 2009 – Koïfhus de Colmar – 17 octobre
Remise du prix à Benoît Bruant pour son ouvrage « Hansi, l’artiste tendre et rebelle ».

 

 

Par Christiane Roederer


Nous avons le plaisir d’accueillir Madame Marianne Cholkova, adjointe au Maire de la ville de Colmar, chargée de la Culture
Madame Odile Ulrich-Mallet, Conseillère régionale et adjointe au Maire
M. Jacques Salsac, adjoint au Maire de la ville d’Obernai, chargé de la Culture et du Patrimoine    

Mesdames, Messieurs,
Chères consoeurs, chers confrères

Il m’est très agréable de commencer ce discours par des remerciements chaleureux à l’adresse de M. Gilbert Meyer, Maire de la Ville, dont le soutien indéfectible et la générosité nous permettent de siéger dans cette magnifique salle dont les murs sont vibrants de souvenirs.
Je me permets de demander à  Mme Cholkova d’exprimer notre gratitude à M. Le Maire tout comme nous la remercions pour sa présence parmi nous.
Vous êtes, Madame, chargée de la Culture au sein du conseil municipal de Colmar. Votre présence est un témoignage de votre intérêt pour nos travaux dont la répercussion va bien au-delà du siège social de notre Compagnie.

Je puis vous assurer que les présidents successifs de la Conférence Nationale des Académies de Province sont très attentifs à nos activités, à notre participation au Congrès consacré au « Progrès social » qui vient de se dérouler à l’Institut de France. Notre confrère Nicolas Stoskopf avait choisi pour thème : « Des industriels alsaciens contre le travail des enfants : l’exemple de l’Alsace ». Sa conférence, brillante par la forme et le fond, est reproduite dans le dernier numéro d’Akademos publié par les soins de l’Institut.

Le conférencier a prouvé deux choses : la place de l’Alsace dans la politique sociale de la France au cours de son histoire et sa légitimité au sein de la Conférence Nationale des Académies des Provinces.
C’est une grande fierté pour notre Compagnie d’avoir été sélectionnée à deux reprises grâce à l’érudition et au talent de nos confrères : Jean-Marie Schmitt et Nicolas Stoskopf.

À l’heure où nous sommes réunis à Colmar, Jean-Claude Gall, notre président d’honneur bas-rhinois, professeur honoraire de géologie et de paléontologie, présente son ouvrage : « Des premières bactéries à l’homme » à la Librairie Kléber.
Quant à notre président d’honneur haut-rhinois, Bernard Pierrat, il remet le prix scientifique à Guillaume Schloegel du Lycée Jean Sturm de Strasbourg. Le Prix de philosophie sera remis prochainement à Thomas Lequeu, élève du Lycée Montaigne de Mulhouse. Ce lycée fut déjà à l’honneur en 2008 pour le prix scientifique décerné au meilleur élève d’Alsace dans cette discipline.
Nous pouvons remarquer que l’Académie des Sciences, Lettres et Arts d’Alsace est en parfaite adéquation avec son intitulé en partie – et non des moindres -grâce à ses actions en faveur de la jeune génération d’autant plus que le prix « Jeunes talents » sera remis à Till Charlier, élève de l’Ecole supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg lors du Salon du livre de Colmar.

C’est avec plaisir que je profite de cette introduction pour remercier vivement les Académiciennes et les Académiciens pour leur présence à la rencontre inter académique à Strasbourg au château de Pourtalès, symbole de notre appartenance non seulement à la France, mais aussi à l’Europe.

Cette réunion inter académique avec l’Académie de Stanislas et l’Académie nationale de Metz fut une véritable « rencontre ». Une centaine de participants a manifesté son enthousiasme et souhaité une reconduction en 2010 de cette « journée bonheur », le bonheur des retrouvailles et le bonheur du partage de notre idéal académique. Le Comité a pris date, même lieu, pour une journée consacrée à la musique.
Pour quelle raison ? D’une part, Christiane Stutzmann de l’Académie de Nancy, membre de l’Opéra de Paris, est prête à nous « enchanter » et d’autre part, l’Association Marie Jaël de Strasbourg a proposé son concours.

Revenons à présent au Prix de la Décapole décerné à M. Benoît Bruant pour son ouvrage « Hansi, l’artiste tendre et rebelle » aux Editions de la Nuée Bleue. Je salue la présence de l’éditeur, M. Bernard Reumaux, membre de notre Compagnie.
Vous êtes, cher auteur, (j’espère ne pas me tromper) le 17e lauréat de ce prix prestigieux fondé par le président Raymond Oberlé, éminent historien tout dévoué à notre Compagnie.
Ce prix couronne un ouvrage consacré au patrimoine d’Alsace. Sa spécificité nous permet de belles migrations dans les villes décapolitaines toujours heureuses de nous recevoir dans leurs habits d’automne.

Dans les pages culinaires du 3 septembre du magazine « Le Point », à la rubrique de Gilles Pudlowski, je relève : « Dans la ville de Hansi, un chef frondeur Jean-Yves Schillinger et un financier gourmet ont imaginé une table singulière… Et de conclure : Dans la ville de Hansi, l’Alsace, ce merveilleux livre d’images, reste une carte postale savoureuse, même lorsqu’elle se fait ludique et exotique ».  

Ce petit texte m’a semblé intéressant pour plusieurs raisons. D’abord le terme « frondeur » associé à « rebelle » semble définir l’Alsacien tel qu’en lui-même. Il aurait fallu ajouter « l’amoureux de la satire » et nous aurions un portrait assez juste que l’Histoire a façonné sans aucun doute et dont Jean-Jacques Waltz, alias Hansi, est un très beau spécimen. Doué pour le dessin et la gravure, il s’est perfectionné à Lyon avant de travailler dans des ateliers textiles.
Il est pour l’éternité, le père de l’imagerie d’une Alsace charmante, mythique, poétique à souhait, patriotique à en pleurer de tendresse.
Justement c’est à cet endroit que l’on peut parler de tendresse : celle d’un homme né en 1872, mort en 1951, déchiré par l’annexion, l’occupation, l’Allemagne nazie. Quel autre sentiment pouvait-il exprimer pour  la patrie perdue ?  
De ce point de vue, Benoît Bruant a bien posé les limites de son personnage dans l’Histoire. Il annonce dès le titre qu’il s’agit essentiellement de l’artiste et de sa « recherche en tant qu’historien à comprendre la genèse d’une œuvre et sa place dans les représentations régionales… Ce livre ne  prétend pas à l’objectivité, mais il revendique son honnêteté ».  Fin de citation

Ce qui signifie que l’historien a conscience que Hansi, à l’aune des relations en ce XXIe siècle entre la France et l’Allemagne, se doit d’être replacé dans son contexte dans un souci absolu d’objectivité. Hansi n’est pas un historien au sens strict du terme bien qu’il fût conservateur à la suite de son père du Musée d’Unterlinden. Il fut et reste un patriote courageux, une petite lumière dans une longue et sombre période. Sa passion l’a égaré dans le sinueux chemin de l’Histoire de l’Alsace, un égarement que d’aucuns qualifient de malhonnête, d’autres de manipulateur. « À chacun de se faire sa vérité »  conclut sagement Benoît Bruant.
Je soulignerai, non sans émotion, que le « Petit Robert » insère Jean-Jacques Waltz sous son pseudonyme en le qualifiant de caricaturiste et d’écrivain français, entre un poète chinois du VIIIe siècle et la comtesse Hanska, polonaise, épouse tardive d’Honoré de Balzac.
Notre consoeur Odile Kammerer, historienne, saura éclairer le personnage, symbole du paradoxe alsacien naviguant entre guerre et paix, drames et bonheur de vivre.
Nous écouterons avec attention Benoît Bruant, notre lauréat, répondre à nos interrogations et préciser sa propre démarche. Qu’il en soit d’avance remercié. Je signale que Jean-Marie Schmitt, notre vice-président, n’interviendra pas ce matin. Le sujet de la Décapole ayant été traité dans ce même lieu il y a peu de temps.

Je tiens à rappeler que notre Compagnie est « un lieu de rencontre et d’humanisme ». La polémique qui pourrait naître à la suite de ce Prix n’a pas lieu d’être tant nous sommes conscients, à l’heure où se construit l’Europe, qu’il est de notre responsabilité de ne pas retomber dans le piège du nationalisme. L’humanisme est justement cette capacité à s’ouvrir à l’universel et sa volonté de tolérance.

Plutôt que de me laisser aller à  une conclusion personnelle, je préfère vous transmettre le message du Président Alain Plantey, notre fidèle ami, un message qu’il nous a adressé à l’Institut la semaine dernière : « Faire partie d’une Académie est un honneur qui oblige à l’égard des autres, qui oblige au service, à la loyauté. La notion d’honneur n’est pas seulement une notion virile. C’est une notion individuelle et collective, une notion somme toute très française. L’honneur, c’est avoir l’esprit chevaleresque, (c’est tellement sentimental), cet esprit aujourd’hui en grande difficulté. Faire partie d’une Académie est une obligation de tenue, de travail et de résultat ».

Chères Consoeurs, chers confrères, il n’est pas exagéré de dire que nous répondons magnifiquement à cette exhortation. De tout cœur, je vous remercie de la recevoir dans la joie et la simplicité.

 

 

 

L'Edito


Vulgarisation ?
Le mot rebute souvent. Mais la réalité émerveille.
Car telle est la fonction et l’honneur des professionnel

s de la transmission, qu’ils soient intellectuels ou artisans, chercheurs pointus ou enseignants de terrain, praticiens des arts et de la culture.
Et tel est le rôle le plus noble des académies ! Pas de cultiver l’entre-soi, mais de s’ouvrir aux autres, ceux de toutes les disciplines du savoir et de la création bien sûr, mais aussi, surtout, les publics les plus divers et les moins spécialisés.
Nous en avons eu une brillante démonstration par un grand esprit de la « république des lettres », Michel Zink, de passage dans la région à l’invitation de l’Académie d’Alsace, dont il est membre du Comité d’honneur. A Altkirch le 6 avril, à Strasbourg le 8, tous ont été conquis par l’érudition et le charme du membre fraîchement élu de l’Académie française, du secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, du professeur honoraire du Collège de France, du grand spécialiste des littératures françaises du Moyen Age, capable de déclamer pendant des heures des poèmes de troubadours en langue originale…
Michel Zink a fait un éloge de la vulgarisation, de la nécessité de trouver des formes adaptées pour toucher, cultiver, séduire des publics jugés a priori à distance. « Si la littérature médiévale devait rester uniquement affaire de spécialistes pointus, elle n’aurait aucune légitimité à être étudiée », dit-il. Cette recherche érudite doit venir enrichir le goût du public pour le Moyen Age, les châteaux en ruine, la chevalerie, elle doit montrer en quoi l’univers sensible de ce millénaire mal connu imprègne nos imaginaires et nous aide à nous définir dans la société, à préciser les notions de pouvoir, de conflits, d’amour.
Et cela marche ! Quatre cents personnes sont venues entendre Michel Zink.
Le fils du poète dialectal sundgauvien Georges Zink (sur la photo, il montre le livre de son père), devenu universitaire mondialement connu et auteur d’une vingtaine de livres soucieux de pédagogie, nous montre le chemin. Merci, cher prestigieux confrère !
Bernard Reumaux

 

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