Académie d’Alsace des Sciences, Lettres et Arts
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Marie-Laure Freyburger : LE ou LA covid ?

 

Professeur émérite de grec ancien à l’Université de Haute Alsace, membre du comité directeur de l’Académie d’Alsace, Marie-Laure Freyburger nous éclaire sur un point qui fait débat : faut-il dire « le » ou « la » covid19 ? Elle réagit à un texte publié sur le site de l’Académie Française. Un billet d’humeur linguistique et académique.


Alors, LA covid… ?


(texte inséré sur le site de l’Académie française le 7 mai dernier)

 

Covid est l’acronyme de corona virus disease, et les sigles et acronymes ont le genre du nom qui constitue le noyau du syntagme dont ils sont une abréviation. On dit ainsi la SNCF (Société nationale des chemins de fer français) parce que le noyau de ce groupe, société, est un nom féminin, mais le CIO (Comité international olympique), parce que le noyau, comité, est un nom masculin. Quand ce syntagme est composé de mots étrangers, le même principe s’applique. On distingue ainsi le FBI, Federal Bureau of Investigation, « Bureau fédéral d’enquête », de la CIA, Central Intelligence Agency, « Agence centrale de renseignement », puisque dans un cas on traduit le mot noyau par un nom masculin, bureau, et dans l’autre, par un nom féminin, agence. Corona virus disease – notons que l’on aurait pu préférer au nom anglais disease le nom latin morbus, de même sens et plus universel – signifie « maladie provoquée par le corona virus (“virus en forme de couronne”) ». On devrait donc dire la covid 19, puisque le noyau est un équivalent du nom français féminin maladie. Pourquoi alors l’emploi si fréquent du masculin le covid 19 ? Parce que, avant que cet acronyme ne se répande, on a surtout parlé du corona virus, groupe qui doit son genre, en raison des principes exposés plus haut, au nom masculin virus. Ensuite, par métonymie, on a donné à la maladie le genre de l’agent pathogène qui la provoque. Il n’en reste pas moins que l’emploi du féminin serait préférable et qu’il n’est peut-être pas trop tard pour redonner à cet acronyme le genre qui devrait être le sien. »


…ou LE covid ?
(l’avis de Marie-Laure Freyburger, novembre 2020)

 

Je me permets de ne pas adhérer aux raisons de cette très noble institution – à laquelle notre Académie d’Alsace est modestement associée et dont je partage le souci de défendre la langue française – et de poser le problème en d’autres termes :
Covid19 est effectivement l’acronyme anglais de coronavirus disease 2019 et le débat porte sur le substantif disease et de sa traduction en français par « maladie » ou par « mal ». On pourrait donc traduire l’ensemble par « maladie/mal du coronavirus apparu(e) en 2019 ». Selon le choix de la traduction, l’acronyme change de genre !
Soulignons d’abord que la langue anglaise ne distingue ni pour les substantifs ni pour les adjectifs le masculin du féminin, de sorte que c’est donc bien en français qu’il y a éventuellement un problème.
Pour essayer de le résoudre, je propose de prendre d’autres mots anglais passés avec plus ou moins de bonheur dans notre langue. Le premier qui s’impose est week-end : vous viendrait-il à l’esprit de dire « bonne week-end » sous prétexte que end se traduit par « fin » en français (« bonne fin de semaine ») ?
Un deuxième est analogue : il existe de nombreux mots composés anglais dont le deuxième élément est –room, que l’on traduit en français par « pièce », « chambre » ou « salle ».
Ainsi dining-room, c’est la « salle à manger », bed-room, c’est la « chambre à coucher », class-room, c’est la « salle de classe », mais ces mots-là ne sont pas usités en français dans leur forme anglaise.
En revanche, living-room est utilisé couramment chez nous pour désigner la « salle de séjour » ou la « pièce à vivre ». On devrait donc dire une living-room. Que nenni !
De même que dressing-room que l’on peut traduire par « garde-robe » n’est jamais une dressing !
Si l’on considère que challenge peut se traduire en français par « épreuve » ou « compétition », il faudrait dire une challenge. Si l’on pense que la meilleure traduction est « défi », alors on laissera le masculin.
Ajoutons enfin que le mot le plus proche de disease serait le français « malaise » qui se trouve être masculin, au contraire de agency dans l’exemple cité par les Académiciens, qui, traduit par « agence », rend l’acronyme CIA féminin.
C’est pourquoi, faute d’avoir un sublime covim 19 (coronavirus morbus 2019 !), je reste attachée au masculin de covid19.
NB Dans le sens inverse, je pense, nos amis britanniques ont adopté French disease, French evil ou French sickness pour ce que nous appelons pudiquement le « mal français » (syphilis sive morbus gallicus)… mais pour eux ce mal n’est pas vraiment « genré » !

 

L'Edito

Rentrée

 

Elle fut « solennelle » certes, la rentrée de l’Académie d’Alsace, samedi 25 septembre au musée Unterlinden de Colmar, réactivant la vieille tradition des « rentrées solennelles » à Colmar, chères à nos fondateurs. Mais elle fut surtout conviviale. Et tonique.
Une cinquantaine de membres étaient présents, dont une quinzaine de nouveaux entrants (quelle belle diversité de profils, d’âge, de qualités !).

Ce fut l’occasion des premiers échanges en présentiel depuis dix-huit mois. Evocation de projets dans deux directions : relancer l’une ou l’autre Agora, après le succès de celle consacrée aux châteaux forts d’Alsace ; et multiplier les petites réunions sur le territoire alsacien pour nouer des liens entre membres, décliner nos atouts interdisciplinaires, « faire compagnie ».
Le prix Maurice-Betz été remis ce jour-là en présence du maire de Colmar, Eric Straumann, à la traductrice Claire de Oliveira qui, avec notre confrère Jean-Marie Valentin, a éclairé la belle figure de ce Colmarien de Paris (1898-1946), « médiateur entre deux cultures ».
Ce fut l’occasion de rappeler que l’Académie d’Alsace a décerné, début août à Sélestat, son prix Beatus-Rhenanus à Hildegard Neulen-Hüttemann, saluant ses engagements dans les échanges culturels et scolaires franco-allemands. Et le 17 septembre, ce furent trois prix Jeune Talent – au lieu d’un seul les années précédentes – qui furent attribués à des diplômés de la Haute école des arts du Rhin (Strasbourg et Mulhouse).
Ces trois prix – Maurice-Betz, Beatus-Rhenanus, Jeune Talent – ont connu une spécialisation et une montée en puissance grâce à des partenariats nouveaux, venant de, respectivement, la Ville de Sélestat, la Ville de Colmar et le mécène Lafayette Patrimoine Finance.


Une Académie utile, enracinée, connectée à son environnement : voilà la feuille de route pour les saisons à venir, en adaptation pragmatique au contexte général.


Bernard Reumaux
Président de l’Académie d’Alsace

 

Invitation à l’Agora du 19 novembre 2019

 

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