Académie d’Alsace des Sciences, Lettres et Arts
    Académie d’Alsace   des Sciences, Lettres et Arts  

Discours du 23 avril 2010

Par Christiane Roederer

Discours du 23 avril 2010 à l’Hôtel de la Région – Strasbourg

 

 

 

 

 

 

Madame Calderoli-Lotz, vice-présidente du Conseil Régional, représentant M. le Président Philippe Richert,
Monsieur Guy Daesslé, président de la Commission Culture et Conseiller général du Haut-Rhin, représentant M. le Président Charles Buttner, membre éminent de notre comité de patronage,
M. François Loos, député du Bas-Rhin,
Mesdames, Messieurs,
Chères consoeurs, chers confrères,
M. le Professeur Roland Schlich, notre conférencier

 

Je vous renouvelle mes remerciements pour votre présence, et vous exprime le plaisir de partager avec vous cette séance de printemps de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts d’Alsace.
Madame la Présidente, nous vous exprimons notre gratitude pour avoir accepté de représenter M. Philippe Richert retenu par d’autres obligations. Nous le remercions vivement d’accueillir notre Compagnie dans cet Hôtel de la Région encore imprégné par la présence du Président Zeller, membre de notre comité de patronage. C’est avec émotion que nous évoquons aujourd’hui sa lumineuse personnalité.
Nous souhaitons également remercier M. André Reichardt, qui nous a accordé son soutien afin que cette manifestation puisse se dérouler dans ce lieu prestigieux.
Permettez-moi, Mesdames, Messieurs, de présenter en quelques mots notre Compagnie dont la création à Colmar remonte à 1952 en tant que telle. Elle a pris le relais d’une Académie royale des Sciences et des Belles-Lettres créée en 1769, qui devient en 1799 la Société littéraire des Sciences et Arts puis, en 1802, la Société Académique du Bas-Rhin.
Dès 1760, Théophile Pfeffel fonde à Colmar une société littéraire qui durera jusqu’en 1820. En 1870, l’Alsace a vécu des bouleversements politiques et sociaux majeurs qui n’ont jamais altéré la richesse de son activité intellectuelle enracinée dans son passé biculturel.
Depuis 1999, l’Académie des Sciences, Lettres et Arts d’Alsace fait partie de la Conférence nationale des Académies placée sous l’égide de l’Institut de France tout comme 31 académies des Régions. Deux de nos membres, Messieurs Jean-Marie Schmitt et Nicolas Stoskopf, historiens, ont été invités tous les deux, à faire une conférence au sein de l’Institut lors du Congrès National.
Le premier président de la Conférence nationale est M. Alain Plantey, ancien ambassadeur de France, membre éminent de l’Institut. Son attachement à l’Alsace, sa fidélité à notre Compagnie se manifeste à chacune de nos initiatives. Son grand âge l’empêche à présent de prendre place parmi nous. Il me charge néanmoins de vous transmettre son amicale pensée.
Je tenais à dire ces quelques mots de notre Académie qui regroupe ce que l’on pourrait qualifier sans exagération, l’élite intellectuelle et artistique de notre région. N’est-il pas permis, de temps à autre, de se laisser aller à quelque fierté, de l’exprimer et de s’en réjouir ?
Cet honneur ne va pas sans exigence. Le président Plantey l’a rappelé au cours d’une séance à l’Institut : «  Les Académiciens sont tous porteurs et témoins de l’honneur. Être élu Académicien par ses pairs est un honneur dans une vie, mais aussi une source d’obligations : obligation de tenue, de travail, de dignité, d’exemplarité. L’honneur n’est ni un droit, ni un profit, ni un déguisement ».
On constatera que notre fierté est ramenée à sa juste place, c’est-à-dire : l’engagement auprès de vous, de mettre en valeur nos richesses patrimoniales, historiques, linguistiques, artistiques.
Soyez rassurés, notre Compagnie n’est pas un cénacle.
« Vivre avec son temps », dans la fidélité à ses racines, est l’une de ses préoccupations majeures. Le choix du thème pour l’exercice 2008-2011 en est une illustration : « De la démocratie à l’humanisme » qui sonne comme un retournement de l’Histoire correspondant à un constat sociétal. En effet, la démocratie (liberté et égalité des citoyens) sans l’humanisme (universalité et tolérance) peut transformer nos sociétés en terre d’affrontements et d’inégalités dont l’Histoire garde la douloureuse mémoire.
« Vivre avec son temps », engage notre Compagnie à inviter des personnalités de sensibilité et d’horizon très différents : philosophique, scientifique, économique, artistique. Ces regards croisés sont indispensables à notre plongée dans la réalité et à répondre ainsi à l’exhortation de l’Institut de France, en référence à Platon : « Les Académies sont des lieux où l’on enseigne et où l’on apprend ».
Dans ce sens, nous avons établi en 2009 des relations privilégiées avec l’Académie de Stanislas de Nancy et l’Académie nationale de Metz. Un enrichissement mutuel indéniable en partage avec la société dans laquelle nous évoluons.
« Vivre avec son Temps » c’est aussi s’ouvrir sur le monde. Notre Assemblée générale en juin prochain se tiendra au CEEJA (centre européen d’études japonaises) sis à Kientzheim. Le Directeur, M. André Klein, nous accueillera dans la bibliothèque riche de 30 000 ouvrages qui attirent nombre d’étudiants français et étrangers qui découvrent, en même temps, l’histoire de l’Alsace.
Au cours de cette séance réservée aux Académiciens pour des raisons d’organisation, nous serons initiés à l’ikebana, à la calligraphie, à l’art de la photo et à l’art du bonsaï. Quatre « maîtres » ; (je précise : 2 F et 2 H, parité oblige) que nous suivrons dans leur passion !

Après cette digression, vous n’êtes pas surpris que nous accueillions avec plaisir et intérêt, le Professeur Roland Schlich : scientifique et humaniste.
Nous l’accompagnerons dans son aventure exceptionnelle avec ses amis : Claude Lorius et Jacques Dubois. Un demi-siècle s’est écoulé. La science de la Terre a évolué. Ce qui perdure c’est la mémoire d’une expérience humaine et l’enthousiasme de notre conférencier. Au cours de notre premier entretien, je fus frappée par sa verve au service d’une passion consacrée aux Sciences de la Terre. Roland Schlich l’a gardée intacte et l’exprime dans la jubilation digne d’un adolescent. C’est sans aucun doute le secret de sa jeunesse d’esprit, de son envie de partage et son implication dans le présent.
Il nous emmène au cœur de l’Antarctique, véritable continent de
14 000 000 de km2 à l’intérieur du cercle polaire.
Quelques chiffres pour susciter un frisson :
Epaisseur de la glace environ 2 200 m ; moyenne  annuelle de température :
 -50° ; une faune et une flore très rares ; des vents violents.
Le continent fut atteint au 18e siècle. Le Norvégien Amundsen l’atteint en 1911. Depuis 1991, une quarantaine de pays ont signé l’interdiction pendant 50 ans de toute exploitation des ressources minières du continent et pris l’engagement de privilégier la protection  de l’environnement.
Puisse cet engagement, au vu des sombres perspectives climatologiques, se prolonger bien au-delà du demi-siècle ! Nul doute que les travaux de l’équipe du Professeur Schlich ont contribué à cette prise de conscience.

En ce mois d’avril 2010, exactement à l’opposé de l’Antarctique, Jean-Louis Etienne, médecin-explorateur, est parti survoler l’Arctique, du Spitzberg à l’Alaska en rozière, un ballon gonflé à l’hélium et à l’air chaud.
Zeus et Ouranos ont été de puissants protecteurs, puisque l’explorateur a échappé au nuage volcanique islandais.  
Il est arrivé à bon port : « Je n’ai pas eu une petite, mais une énorme émotion au départ. C’était quelque chose d’extraordinaire… Un moment d’une grande intensité… d’une beauté magnifique…magique ».
Vous me pardonnerez de faire encore un petit tour dans la littérature pour constater la somme impressionnante des communications scientifiques consacrées aux Pôles Nord et au Pôle Sud.
Mais qu’en est-il de la pure création littéraire ? Elle se cantonne autour de l’Arctique : Norvège, Finlande, Islande essentiellement. Dans notre enfance, nous avons tous lu le roman paru en 1886 de Pierre Loti « Pêcheur d’Islande, une évocation mélancolique des pêcheurs bretons.
Je citerai encore Elias Lonnot, finlandais (1802-1884)) et son ouvrage « Kalevala » poème composé par les chants de la tradition orale. C’est l’épopée nationale de la Finlande.
Laxness Kiljan (Islandais) grand tisserand de cachemire : son roman paru en 1927 fait le bilan de ses années d’apprentissage de tisserand.
Le plus célèbre écrivain est sans aucun doute Henrik Ibsen (Norvégien). Son roman Peer Gynt, paru en 1867, est inspiré des traditions folkloriques. Ce drame fut mis en musique par Edvard Grieg.
Il resterait à citer les musiciens et les peintres originaires de ces terres très particulières. Mais ne nous égarons point !
Il est intéressant néanmoins de procéder à une coupe transversale de ces ouvrages qui permet de relever le caractère des sources d’inspiration : le folklore très prégnant, la magnificence de la nature, la mélancolie qui imprègne ces terres faites d’étrange beauté, de silence et de solitude, mais aussi la violence des éléments répercutée sur les personnages dans leur quotidien.
Il reste à découvrir ou à induire la création littéraire de l’Antarctique !

Il est temps à présent de partir en exploration avec le professeur Schlich.
C’est avec plaisir que je lui cède la parole tout en le remerciant de bien vouloir nous faire une petite place dans son igloo.


Christiane Roederer
Président de l’ASLAA

 

 

 

L'Edito


Vulgarisation ?
Le mot rebute souvent. Mais la réalité émerveille.
Car telle est la fonction et l’honneur des professionnel

s de la transmission, qu’ils soient intellectuels ou artisans, chercheurs pointus ou enseignants de terrain, praticiens des arts et de la culture.
Et tel est le rôle le plus noble des académies ! Pas de cultiver l’entre-soi, mais de s’ouvrir aux autres, ceux de toutes les disciplines du savoir et de la création bien sûr, mais aussi, surtout, les publics les plus divers et les moins spécialisés.
Nous en avons eu une brillante démonstration par un grand esprit de la « république des lettres », Michel Zink, de passage dans la région à l’invitation de l’Académie d’Alsace, dont il est membre du Comité d’honneur. A Altkirch le 6 avril, à Strasbourg le 8, tous ont été conquis par l’érudition et le charme du membre fraîchement élu de l’Académie française, du secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, du professeur honoraire du Collège de France, du grand spécialiste des littératures françaises du Moyen Age, capable de déclamer pendant des heures des poèmes de troubadours en langue originale…
Michel Zink a fait un éloge de la vulgarisation, de la nécessité de trouver des formes adaptées pour toucher, cultiver, séduire des publics jugés a priori à distance. « Si la littérature médiévale devait rester uniquement affaire de spécialistes pointus, elle n’aurait aucune légitimité à être étudiée », dit-il. Cette recherche érudite doit venir enrichir le goût du public pour le Moyen Age, les châteaux en ruine, la chevalerie, elle doit montrer en quoi l’univers sensible de ce millénaire mal connu imprègne nos imaginaires et nous aide à nous définir dans la société, à préciser les notions de pouvoir, de conflits, d’amour.
Et cela marche ! Quatre cents personnes sont venues entendre Michel Zink.
Le fils du poète dialectal sundgauvien Georges Zink (sur la photo, il montre le livre de son père), devenu universitaire mondialement connu et auteur d’une vingtaine de livres soucieux de pédagogie, nous montre le chemin. Merci, cher prestigieux confrère !
Bernard Reumaux

 

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© Académie des Sciences, Lettres et Arts d'Alsace