Académie d’Alsace des Sciences, Lettres et Arts
    Académie d’Alsace   des Sciences, Lettres et Arts  

Editoriaux

Mars 2019

« Hors ses murs »
C’est avec ce bel impératif d’ouverture tous azimuts qu’a eu lieu, du 18 au 23 mars à Strasbourg, une semaine d’événements philosophiques.
« La Philosophie hors ses murs » a mêlé des publics, jeunes notamment, s’immergeant dans la cité (du tribunal au pont du Rhin, de la cathédrale à un bar rock), surprenant par les modes d’expression et d’échanges choisis, et associant de nombreux partenaires, dont l’Académie d’Alsace.
Les organisateurs de la manifestation – un groupe d’enseignants de philo des lycées alsaciens – ont entendu répondre avec originalité à la quête de sens qui parcourt la société, au-delà des mirages et des inquiétudes de l’actualité chaude.
Cette démarche rejoint pleinement le rôle de l’Académie d’Alsace, sa fonction dans le corps social :  impliquer les chercheurs et les créateurs, certes à travers leurs compétences et leurs domaines, mais présents « hors leurs murs » disciplinaires, dans les enjeux et les défis communs.
René Voltz, membre de notre comité directeur, a fait partie du jury du concours d’essai philosophique lancé à cette occasion. Le thème, « La politique peut-elle s’accommoder de la vérité ? », a mobilisé des candidats de tous horizons. Lors de la remise des prix, samedi 23 mars à l’Hôtel du Département du Bas-Rhin, en présence du Président Frédéric Bierry, René Voltz a souligné la qualité, la pertinence et le souci du bien commun qui ont animé tous les essayistes.
La lauréate, Mila Lynde, lycéenne à Munster, brillante et prometteuse, a coiffé au poteau des adultes chevronnés avec une réflexion tonique et argumentée : « En ce moment de laisser-aller politique et médiatique, de fake-news et de post-vérité, elle a fait part d’une étonnante rigueur d’analyse et de jugement », commente René Voltz.
En 1750, un jeune philosophe suisse inconnu envoyait à l’Académie de Dijon un « Discours sur les Sciences et les Arts » et remportait le concours annuel. Ainsi a démarré la carrière de Jean-Jacques Rousseau. Alors, bon vent « hors les murs », Mila !


Bernard Reumaux

 

 

 

Février 2019

Le Grand Prix 2019 de l'Académie d'Alsace

Bernard Reumaux 

 

Une cérémonie brillante et chaleureuse s’est tenue le 1er juillet dans les salons de l’hôtel de ville de Strasbourg pour la remise du Grand Prix 2019 de l’Académie d’Alsace au photographe Frantisek Zvardon, en présence du maire de la ville, Roland Ries.
Arrivé en Alsace en 1985, fuyant un régime oppressant et des interdits professionnels et artistiques, le Tchèque Frantisek Zvardon, photographe formé à la prestigieuse École de Brno, s’est progressivement introduit, avec discrétion et obstination, dans le difficile marché international de la photographie professionnelle. Parcourant le monde entier pour les reportages commandés par de nombreux éditeurs et magazines, des offices de tourisme et des institutions culturelles, il fait la démonstration d’un talent original, basé sur une rigueur technique exemplaire et coloré d’une inspiration humaniste nourrie par ses études de philosophie et sa passion des rencontres.
Ses travaux sur les aurores boréales, les tribus africaines Surma, les ouvriers de la sidérurgie, et tant d’autres, confirment son excellence dans le paysage comme dans le portrait, la couleur et le noir-et-blanc. Mais aussi, ayant fait le choix de l’Alsace, il est à l’origine de campagnes photographiques qui ont apporté un total renouvellement des regards et des représentations sur l’Alsace, les Vosges, les villes.
Personnalité chaleureuse et discrète, Frantisek Zvardon n’avait jamais fait l’objet jusque-là d’une reconnaissance grand public officielle.

 

Le Grand Prix de l’Académie d’Alsace des Sciences, Lettres et Arts


Parmi les dix prix décernés par l’Académie d’Alsace des Sciences, Lettres et Arts, le Grand Prix distingue depuis 1973 une personne impliquée dans un travail remarquable, qu’il soit prestigieux ou modeste, scientifique, artistique ou d’engagement social. Il s’attache à mettre en lumière l’œuvre et l’action d’une personnalité n’ayant pas encore bénéficié de reconnaissance grand public officielle. Biennal jusque-là il devient annuel et bénéficie désormais du soutien de la Ville de Strasbourg, qui en accueille la cérémonie de remise officielle et contribue à sa promotion. Une exposition de grands tirages de Frantisek Zvardon a lieu tout le mois d février sur les grilles de l’hôtel de ville, place Broglie.

 

Extrait du discours du président Bernard Reumaux


« Le Veilleur de la Beauté du Monde »
« Frantisek Zvardon sait la misère, la laideur, la violence, l’injustice qui envahissent le monde. Il a voyagé hors des sentiers battus dans le monde entier et il est attentif à l’humanité telle qu’elle est. Il a approché de près les atteintes aux paysages, aux sociétés, la famine, la guerre, la mort. Il a vu les plus beaux sites défigurés, de l’Islande au Brésil ; les ravages d’un certain tourisme irresponsable, etc.
Et que nous livre-t-il ? Des paysages en majesté, la symphonie enjouée de la Création, l’enchantement des éléments combinés, palette infinie de feu et de glace, de roc et d’océan, de jungle et de désert, de moissons et d’étoiles, d’aurores et d’orages.
Oui, il sait la fragilité du monde, l’envahissement de la laideur, mais il ne dénonce rien frontalement. Il veille sur la Beauté du Monde, et ce faisant il nous alerte, puissamment. Voilà votre monde, voilà notre monde, louez-le, respectez-le, veillez sur lui, chacun d’entre vous.
Mais ne nous y trompons pas. Frantisek Zvardon a une conception de la Terre, du Monde, qui ne se réduit pas au concept parfois ambigu de « Planète », païennement sacralisée, déshumanisée. La Terre, pour lui comme pour tous les humanistes, ce sont aussi les hommes. Pour notre photographe militant à sa manière, célébrer la beauté du monde et rendre attentif aux menaces pesant sur lui, c’est aussi honorer l’irréductible dignité de l’humain, les hommes, les femmes, les enfants, dans l’infinie diversité des cultures, des modes de vie, des destins. Et veiller pareillement sur eux. »

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1er janvier 2019

L’Académie en 2019 :

être concrètement utile à l’Alsace

par Bernard Reumaux


 

2018 fut, pour l’Académie d’Alsace, l’année de la mobilisation de ses forces et du rayonnement extérieur avec la tenue en octobre de la Conférence nationale des Académies.

Le succès à tous égards – programme, organisation, convivialité – a été unanimement salué. J’ai rendu visite depuis aux académies sœurs de Montpellier et de Bordeaux, et Christiane Roederer a fait de même à Mâcon et à l’Institut de France à Paris : nous avons pu enregistrer en toute modestie, mais avec fierté, des félicitations et remerciements unanimes.

Par ailleurs, l’implication et le soutien de la totalité des collectivités locales et institutions sollicitées a conforté la visibilité de notre Académie et précisé notre place dans la vie publique régionale, une place originale et féconde, un atout pour la région.

D’ici fin janvier paraîtront les « Annales de l’Académie d’Alsace ». Elles rendront compte en détail de la CNA. Par ailleurs, une bonne partie des conférences enregistrées par notre équipe technique sera mise en ligne sur Youtube. Deux outils précieux de documentation et de communication.

Et maintenant ?

Avec l’ensemble de notre comité directeur, je souhaite, à l’orée de cette année nouvelle qui démarre dans un environnement national et international préoccupant, que les énergies que nous avons su mobiliser pour la CNA s’appliquent à nos projets régionaux, notamment celui de créer une « agora » de réflexions et de propositions. L’Académie d’Alsace doit réussir à concilier son rôle régional et ses ancrages locaux, à faire travailler ensemble ses membres aux talents et compétences aussi riches que divers, à s’ouvrir à d’autres énergies et motivations, pour être attentive aux évolutions de la région et se révéler concrètement utile. Des chantiers inédits sont à ouvrir.

              Belle et féconde année à tous !

 

 

Avril 2018

Des Étoiles et des Hommes » : bienvenue en Alsace !

Bernard Reumaux
Président de l’Académie d’Alsace


Nous voulons tout montrer, tout expliquer, tout faire partager. Pensez-donc : pour la première fois, les représentants des 32 académies des régions de France invités en congrès en Alsace, du 3 au 5 octobre prochains.  
Un an de réunions, d’hypothèses, de contacts, avant l’heure des choix pour arriver au programme présenté sur la page CNA 2018. Jugez de sa richesse : les lauréats du prix Nobel, les chefs étoilés, l’ancien président du Conseil constitutionnel, le directeur artistique du « Seigneur des Anneaux », etc., mais aussi le centenaire du retour à la France et le Retable d'Issenheim du Musée Unterlinden, l’Europe, les religions, la gastronomie, les langues, la nouvelle Bibliothèque humaniste et la cathédrale de Strasbourg : bref, les étoiles scintilleront et les hommes (et femmes) seront à l’honneur.

Une Alsace du talent, du cœur et de l’ouverture aux autres !

La mobilisation est forte : Région et Départements, villes, Universités, Conseil de l’Europe, Chambre de commerce et entreprises ont répondu présents.
Car l’Académie d’Alsace, grâce à la diversité territoriale et d’activités de ses membres, grâce à la générosité de leur engagement au service du bien commun, dispose d’une légitimité forte pour l’organisation d’une manifestation vitrine du meilleur de l’Alsace.
Y a-t-il en effet autre institution indépendante incarnant à ce point la mémoire et le devenir de notre région ?

 

 

 

 

LA CNA 2018

Bernard Reumaux


L’Académie d’Alsace accueillera du 3 au 5 octobre prochain la Conférence  Nationale des Académies affiliées à l’Institut de France. C’est la première fois que notre région servira de cadre à cette manifestation biennale. Une belle reconnaissance pour l’Alsace et pour notre académie !
Nous aurons l’honneur et le plaisir d’accueillir les délégués des 32 académies qui, dans toute la France, partagent une même mission : le sens du bien commun régional par la valorisation des lettres, sciences et arts, dans un dialogue permanent entre des disciplines souvent séparées.
C’est dire dans quel esprit de responsabilité, mais aussi de fierté, le comité et les membres de notre académie abordent l’année nouvelle. Tous mobilisés pour présenter l’image d’une Alsace qui entend conserver le meilleur de ses valeurs, mais aussi se montrer imaginative et créative.
Alors que les repères d’identité et de solidarité sont un peu partout bousculés, que 2018 soit une année féconde et généreuse !

 

 

 

 

 

1er janvier 2018

2018, année sereine

 

Après l'intelligence artificielle, l'obsolescence programmée est à la Une de tous les médias.

Avec cette prise de pouvoir par le monde économique, nous découvrons avec surprise mélée d'un peu d'inquiétude, cet ensemble de techniques destinées à réduire la durée de vie ou d'utilisation d'un produit pour en augmenter le taux de remplacement.

Les angoisses ainsi générées, renforcent l'attachement de tout un chacun à notre Académie, insensible aux manipulations mercantiles.

Notre capacité à nous placer en philosophie, sciences et arts, nous préserve de ce nouveau piège.

Notre engagement pour la réussite de la CNA en Alsace, en octobre de cette année, nous renforce encore davantage dans ces valeurs qu'aucune obsolescence, même programmée, ne pourra détourner.

ANNEE SEREINE 2018.

Août 2017

A quoi servons-nous ?

 

Bernard Reumaux

Président de l'Académie d'Alsace

 

 

« Mais à quoi sert l’Académie d’Alsace ? » Combien de fois ai-je répondu à cette question au lendemain de mon élection à la présidence de notre compagnie, le 1er juillet dernier ? Une curiosité souvent nourrie d’ignorance teintait les interrogations. Oui, quelle peut bien être, en 2017, dans le tourbillon incessant et les rugueuses interpellations de notre temps, la fonction d’une institution coiffée du noble et ambigu mot d’académie ?

 

Un mot, une formule, une évidence en guise de réponse :

« Notre Académie sert l’Alsace. »

Voilà à quoi nous servons ! Voilà pourquoi nous existons et travaillons ! Oui, la fonction de l’Académie des Sciences, Lettres, Arts d’Alsace, sa solide légitimité, s’inscrivent dans cette notion de service. Depuis 1952, dans une succession harmonieuse de styles et de présences au monde qui reflètent l’évolution de la région, ce cap est resté inchangé. Servir la région, c’est-à-dire réunir des personnes venues des horizons les plus divers qui, par leurs actions et leur rayonnement, illustrent un attachement désintéressé et vigilant au bien commun régional.

 

Une académie n’est pas une institution publique ou un corps constitué, ni une association de militants réunis autour d’une cause, ni un club-service ou une amicale, c’est le signe vivant, et un peu mystérieux, que l’esprit du lieu, le génie propre d’une terre, peuvent s’incarner dans une rencontre d’hommes et de femmes qui conjuguent leurs différences et leurs complémentarités.

 

L’intuition des pères fondateurs de l’Académie d’Alsace en 1952 était généreuse et visionnaire, en modelant une compagnie régionale à partir des traces des anciennes académies locales de Strasbourg et de Colmar, que les chocs de l’histoire avaient éteintes. Il faudrait que des historiens – à partir notamment de nos précieuses Annales – se penchent sur cette « zone blanche » de l’histoire régionale, l’après-guerre alsacien parcouru de traumatismes et d’espérances, et mettent en lumière et à l’honneur les belles figures et les actions déterminantes, du nord au sud de la région. S’assumer fièrement alsacien et français, tout en affirmant prophétiquement l’impérieuse nécessité d’une construction européenne, vivre sans complexe cette identité tridimensionnelle, levier d’une renaissance collective, d’un nouvel humanisme porteur de sens, tout cela n’allait pas de soi au début des années 1950. Et reste d’actualité tant les repères anciens sont aujourd’hui brouillés. Car qui saurait répondre avec pertinence à ces deux questions : « C’est quoi l’Alsace aujourd’hui ? » ; « Qu’est-ce qu’être alsacien ? »

 

La liste des lauréats des prix scientifiques et culturels que nous avons décernés au fil des dernières années offre une réponse en dressant la photo de groupe brillante et bien réelle d’une région enracinée, créative et ouverte, lucide et optimiste, qui travaille et rayonne sans complexe. Dans un monde qui a tendance à cloisonner les milieux et les personnes, l’Académie d’Alsace a cette fonction unique de créer des passerelles et d’ouvrir un espace commun, une agora.

 

De nouvelles pistes sont à explorer, de nouveaux talents à accueillir, des bonnes volontés à solliciter. Avec le souci de l’excellence et de la convivialité. Je voudrais reprendre ici le maître-mot du discours de Christiane Roederer, président sortant de notre Académie lors de l’assemblée générale fin juin aux Trois-Épis : « Jubilation ! » La jubilation du travail partagé au service d’une cause qui nous dépasse. Une jubilation bien alsacienne : de Johann Fischart à Germain Muller et Tomi Ungerer, le rire traverse l’histoire de l’Alsace. Un rire politique et thérapeutique, qui a l’intelligence de dépasser le stade des frustrations et des revendications, pour affirmer, avec la simplicité des artisans et des grands seigneurs, l’évidence d’une éthique. 

 

                                                                           

 

Novembre 2017

Qui est-tu ? Que seras-tu ? 

 

René Voltz

Membre du Comité directeur de l'Académie d'Alsace

Professeur émérite de l'Université de Strasbourg


Qui es-tu ? Que seras-tu ? Telles sont les questions que nous posons à l'Alsace d'aujourd'hui et de demain. A suivre le philosophe Paul Ricoeur, la meilleure façon de répondre à la question "qui ?" est de raconter l'histoire d'une vie : "individu et communauté se constituent dans leur identité en recevant des récits qui deviennent pour l'un comme pour l'autre leur histoire effective". Fidèle à la mémoire d'hier, façonné par l'héritage culturel, le récit se projette dans l'avenir avec la promesse du maintien de soi. Mais il ne peut définir une identité acquise une fois pour toutes, car il signifie aussi "provocation à être et à agir autrement".


Ainsi en est-il de l'Alsace de nos jours, alors qu'elle est provoquée par les crises identitaires de l'ère numérique, dont les manifestations de présentisme et d'individualisme annoncent une identité sans mémoire et sans partage. Une faille intergénérationnelle se creuse entre les générations "digital native" avides de communication et de consommation immédiates, et les générations antérieures fidèles au temps long des usages traditionnels.


 Un clivage territorial entre métropoles et zones périurbaines tend de même à s'imposer, accompagné par la distinction entre "nomades créatifs" et "néosédentaires". Maîtres des techniques de pointe numérisées et robotisées, les premiers trouvent dans les grandes métropoles et auprès des grandes universités internationales, le terrain favorable à la création de nouveaux savoirs et richesses ; moins mobiles, moins touchés par la globalisation du monde, les néosédentaires conservent pour leur part le culte de "l'entre-nous" dans les frontières protectrices du territoire, quitte à moins profiter des avantages de la mondialisation.


Soucieuse de la promesse du maintien de soi dans la profondeur de ses racines propres, l'identité de l'Alsace est appelée à s'adapter aussi aux rapides mutations de l'environnement mondialisé et européen. C'est forte de sa jeunesse éduquée, de ses métropoles universitaires et de la densité culturelle de son territoire, que la province peut maîtriser les crises identitaires nées de la mondialisation.

 Et c'est forte de son expérience historique unique, qu'elle peut intervenir, non comme victime des nationalismes d'hier, mais comme actrice spécialement qualifiée, dans l'effort franco-allemand à poursuivre un idéal européen partagé.

 

 

Platon, le Dalaï-lama et les neurosciences
Docteur Lionel Comte

 

Il y a quelques semaines s’est tenu à l’Université de Strasbourg un colloque avec la participation du dalaï-lama sur le thème « Méditation, conscience et neurosciences ».

 Platon n’aurait assurément pas manqué d’organiser une telle rencontre au sein de son Académie.
En effet, par son allégorie de la caverne, Platon aborde la difficulté et le travail nécessaire – la dialectique - pour passer d’un monde constitué des reflets de la réalité au monde de la réalité elle-même.
Cette démarche ressemble fort à celle de la méditation qui vise, en tout cas dans son acception bouddhiste, au passage de l’être « endormi » et dans l’ignorance à l’être « éveillé », libéré de tous les conditionnements.

Mais que viennent faire les neurosciences dans cet environnement philosophique ?

Elles apportent en premier lieu un caractère scientifique à l’étude de ces démarches  de nature personnelle. En deuxième lieu elles confirment l’intérêt de telles démarches tant sur le plan de la santé mentale que physique. Enfin elles permettent de discerner en nous ce qui est de notre nature propre de ce qui relève de nos conditionnements.
Ne soyons pas dupes ; les neurosciences ont été préemptées très tôt par les industries qui vivent précisément du conditionnement des individus et qui n’ont d’autre but que de renforcer ce conditionnement et de transformer chaque individu en un consommateur sans libre choix. Méthodiquement le désir a été transformé en pulsion puis la pulsion en instinct.
Qu’il est donc réconfortant, dans ce monde où les valeurs semblent se déliter, où règne la dictature de l’instantané, des faux semblants, des indignations sélectives ou encore de la « bien-pensance », de voir de telles convergences se créer entre science et conscience.
La connaissance des circuits et mécanismes cérébraux que nous révèlent les neurosciences nous permettent de construire une plus grande maîtrise de notre attention, de nos pensées, des émotions et des tensions. Elles nous permettent également de retrouver le sens des mots, de leur précision et de leur puissance évocatrice. Ces approches dialectique et sémantique constituent d’ailleurs des outils décisifs dans certaines thérapies cognitives ou comportementales, comme par exemple dans le cadre de la dyslexie ou des addictions.
Platon aurait, sans aucun doute, également favorisé le développement des neuro-classes dont le principe est de mettre à disposition des enseignants et des élèves des pratiques issues des neurosciences. Ces pratiques ont pour objectif premier de renforcer l’attention, de parvenir à dompter le vagabondage cérébral et de ramener l’attention sur l’objet de la concentration. C’est ainsi que récemment, en France, a été franchi le cap de 1000 neuro-classes allant du CM2 à l’enseignement universitaire.

Cette initiative pourrait être une illustration de l’aspiration la plus profonde de Platon, à savoir ce cheminement et cette diffusion de l’Académie vers la Cité.

 

L'Affaire Dreyfus
Jacques Streith

 

 La victoire de la vérité sur la Raison d’État et le mensonge. Le monument érigé à Mulhouse à l’occasion du cent-dixième anniversaire de la réhabilitation du capitaine Dreyfus par la Cour de cassation.

Désirant ancrer la mémoire d’Alfred Dreyfus dans sa ville natale, le Magistrat, plusieurs citoyens et divers organismes de la ville de Mulhouse ont décidé d’organiser au cours de l’année 2016 une série de célébrations sur le thème « 2016 Année Dreyfus à Mulhouse » et comme projet phare une statue sculptée intitulée « Monument du Capitaine Dreyfus réhabilité ». Ce monument en granite rappelle en effet la réhabilitation du capitaine Dreyfus - après la révision définitive, mais seulement sept années après son second procès qui s’était déroulé en 1899 à Rennes - selon l’arrêt sans renvoi du 12 juillet 1906 à Paris par la Cour de cassation.

On sait que l’« Affaire Dreyfus » était un important conflit social et politique de la 3ème République, survenu à la fin du XIXe siècle autour de l’accusation de trahison faite au capitaine Alfred Dreyfus, un officier français originaire d’Alsace et de confession juive. Après quatre années passées au bagne et au terme de longues années de rebondissements judiciaires, dans un pays agité par l’opposition entre dreyfusards et antidreyfusards, le capitaine sera in fine totalement innocenté et définitivement réhabilité par un arrêt sans renvoi de la Cour de cassation … mais seulement douze ans après la tenue de son premier procès !

Lire l'intégralité du texte (et photos)

 

 

Une culture alsacienne ?
Gabriel Schoettel


Question aussi incongrue que délicate, tant les réponses peuvent différer et s'opposer, vu la charge explosive de ces deux mots. « Quand j'entends le mot culture, je sors mon pistolet » proclamait en effet un zélateur de la Bête immonde, qui aurait bien voulu voir disparaître aussi l'Alsace en tant que telle.

Ce petit territoire de 8000 kilomètres carrés et deux millions d'habitants, grand comme la Corse et six fois plus peuplé, ce coin de terre ballotté au gré des vents de l'Histoire, peut-il avoir une culture propre ? Dotée d'un Conseil Culturel d'Alsace depuis cette année, d'un Centre culturel alsacien, de multiples théâtres alsaciens, de musées alsaciens, d'un Institut de dialectologie alsacienne et... d'une Académie d'Alsace, il semble évident que l'Alsace est inséparable d'une identité forte, donc d'une culture. Il ne viendrait à l'idée de personne de contester l'identité, ni la langue, ni la culture de l'île sus-citée ( et si susceptible!), sous peine de voir quelques gendarmeries plastiquées dans l'heure !


Quelle que soit la définition qu'on donne de la culture, celle qui s'épanouit en Alsace s'exporte dans le monde entier, et pas seulement dans le domaine de la gastronomie ou des vins, mais aussi en médecine avec l'Ircad, ou dans les techniques et les sciences (trois Prix Nobel récents, tous membres de notre Académie). Et si l'Alsace semble un peu moins riche en matière littéraire, c'est cependant la région de France où les sociétés d'histoire sont les plus nombreuses, de même que les chorales et les orgues ! S'il fallait essayer de définir les spécificités de notre culture, nul mieux que Frédéric Hoffet, dans son irremplaçable Psychanalyse de l'Alsace, ne l'a fait : «  Par son tempérament, par le fond de son affectivité, par la tournure de son intelligence, l'Alsacien appartient à la grande famille germanique. Cependant la civilisation française a mordu sur lui : elle a transformé ses instincts et modelé sa sensibilité, si bien qu'il est aujourd'hui un être double ». Germain Muller  résumera cette dualité en constatant : « En Alsace, le contraire est toujours vrai ». Cette « Spaltung », que certains vivent comme une schizophrénie et d'autres comme une hémiplégie, est au contraire une formidable richesse. Elle nous permet, à travers le dialecte alsacien notamment, de nous ouvrir au vaste espace germanique qui est à nos portes, mais aussi à l'immense aire anglophone, l'anglais et l'alsacien partageant 80 % de leurs racines.


Située au cœur même de l'Europe la plus dynamique, elle accueille les grandes instances de celle-ci, et elle a la plus forte proportion de classes bilangues et bilingues, sans parler de l'Abibac : cœur français, âme germanique, esprit européen, l'Alsace a, non pas une culture, mais bien une double culture, se nourrissant de toutes les cultures du monde.  Et plutôt que de se tourner vers un passé largement mythifié, plutôt que de vouloir s'enfermer dans un territoire bien trop petit pour survivre dans un monde globalisé, les Alsaciens,  riches et fiers de leur langue, de leur situation géographique et historique, de leurs atouts multiples, devraient chanter, au lieu de « Mir sin d'Ledschte », nous sommes les derniers, « Mir sin d'Erschte », nous sommes les premiers, les premiers Européens !


« Ce qui se conçoit clairement, s’énonce clairement » que ce soit en philosophie, en littérature, en science… d’où l’importance de l’apprentissage de la langue vernaculaire.
Christiane Roederer

 
Faut-il revenir sur les constats dressés par les organismes les plus divers sur les carences de l’éducation nationale qui s’occupe à présent  – ô bonheur - des accents circonflexes après avoir – rectifié, simplifié, arrangé, modifié, réformé  – 2400 mots perdus dans la mémoire collective ?

A ce propos, que dit le site de l’Académie française : « Refus de toute imposition autoritaire de normes graphiques et sanction de l’usage pour les rectifications proposées ».
Pour le commun des mortels, sans référence aux mots rectifiés, que signifie cette injonction obscure ?
Allons, écrivons ce que capte notre oreille ! A mort les fautes impossibles à identifier. Une aubaine pour notre cerveau reptilien. Et pourtant le public a répondu « passionnément » à l’invitation du concours national de « la dictée » qui demeure, dans l’inconscient populaire « un marqueur culturel et social ». A méditer !  
Revenons au thème de notre Compagnie : « La Parole fondatrice et créatrice »…
Trois exigences : la Connaissance, la subtilité, l’esthétique…
Trois fondamentaux pour nourrir la pensée et lui donner corps, c’est-à-dire pour la création qu’elle soit littéraire ou scientifique. Il semble opportun à cet endroit de citer André Breton, le surréaliste, qui souhaitait que les mots fassent l’amour en pleine liberté ! Mais : « Encore faudrait-il que  les éléments du langage cessassent de se comporter en épaves à la surface d’une mer morte ».  Prémonitoire constat…
Il s’agit ici de résumer la position de notre Compagnie dans ce qui est essentiel dans la construction et l’épanouissement d’un être humain : « Que la pensée se lève à la fine pointe des mots » encore faut-il en connaître le sens…
Quelle souffrance, quelle frustration… si souvent exprimées dans le mal-être de nos contemporains ! Nous pouvons employer des mots savants – en parlant de linguistique et de sémantique - mais nous pouvons aussi parler simplement de l’orthographe et de la grammaire, des disciplines indissociables de notre état d’être humain.

Jacqueline de Romilly, helléniste, académicienne, exprime avec force ce dont nous sommes convaincus : « La parole est le rempart contre la bestialité ».
Une évidence décrite à l’envi depuis la nuit des temps, singulièrement opportune en ce début d’un XXIe Siècle qui semble avoir jeté aux orties le grand rêve d’une Terre de progrès et de paix.

La clairvoyance de notre consœur répond à  celle de Montaigne :« Nous ne sommes hommes et ne nous tenons les uns aux autres que par la parole ».


 

Art : où vas-tu ?
Charles Waechter, membre de l’Académie d'Alsace

 

Les travaux réalisés pour la réfection et l’agrandissement du musée d’Unterlinden pour mieux abriter les chefs-d’œuvre de l’art rhénan, et plus particulièrement les œuvres de Martin Schongauer et Mathias Grünewald avec son retable d’Issenheim, m’invitent à quelques réflexions sur l’évolution de l’art.

Très récemment dans différents médias, une « performance artistique » faisait l’objet de commentaires éclairés. La « performance artistique » réalisée au sein du musée d’Orsay consistait à se coucher au pied du tableau de Manet dans la même position et même tenue vestimentaire qu’Olympia, sujet féminin du célèbre tableau.
La «performance artistique » me semble dans ce cas, se situer au croisement du sensationnalisme et de la culture populiste.
L’étroitesse d’esprit conduit souvent à éradiquer toute culture, toute valeur artistique, toute histoire culturelle. Jean d’Ormesson rappelait très justement dans son ouvrage Qu'ai-je donc fait ? que « la médiocrité est portée aux nues. Les navets sont célébrés comme des chefs d’œuvre. Ce qui sera oublié dans trois ans est l’objet d’un tintamarre qui finit par rendre insignifiant pèle mêle le meilleur et le pire »
L’art est un domaine particulièrement ouvert et sensible à la subjectivité et au ressenti intime. Soyons et restons attentifs à l’attention portée par les Etats à différents fonds, lesquels sous prétexte d’innovation et de modernité soutiennent des œuvres au goût quelquefois douteux, où toute esthétique, tout travail, toute sensibilité ont disparu.  La culture artistique doit être participative, engageant la compréhension, le dialogue, la paix et le respect, respect de soi et de l’autre.
Par ailleurs, tout développement culturel exige le goût de l’effort et de la compétition, car le monde est ouvert. Pour arriver au plus haut niveau, les disciplines culturelles, artistiques, scientifiques exigent un énorme travail. Sans retourner à l’art préhistorique (pourtant témoin par le nombre et la qualité esthétique de ses œuvres) nous observons une évolution dans la déconstruction des règles académiques de la figuration au nom d’un impératif d’une réussite trop facile.
Jeff Koons peut ainsi déclarer : « le marché est le meilleur critique… mon œuvre n’a aucune valeur esthétique… je pense que le goût n’a aucune importance. »
L’artiste du troisième millénaire peut malheureusement réaliser les idées les plus farfelues que les institutions encouragent, et que certains nomment des « questionnements », d’autres des « provocations ». Peut-on imaginer que l’on soit passé d’une transgression de l’académisme à un académisme de la transgression ?
Je pense pour ma part, que certaines propositions en art contemporain sont magnifiques, d’autres sans aucun intérêt.
C’est l’une des caractéristiques de l’art ‘actuel’ que de pousser à avoir une opinion.

 

 

 

Albert Schweitzer

 

Souhaitant souligner les contributions marquantes de quelques personnalités de la province d'Alsace, notre Académie a décidé de produire un film synoptique relatif à une dizaine de personnalités alsaciennes, dont ALBERT SCHWEITZER. Sa volonté de contribuer à la compréhension, à la coopération et à l'amitié entre les peuples sont particulièrement exemplaires.

La vidéo présentée est extraite du DVD 'Alsaciens remarquables du XXème siècle' du Centre Régional de documentation Pédagogique de Strasbourg.


Réalisation de ERVIN KEMPF / Albert SCHWEITZER / BRONZE

L'Edito


Vulgarisation ?
Le mot rebute souvent. Mais la réalité émerveille.
Car telle est la fonction et l’honneur des professionnel

s de la transmission, qu’ils soient intellectuels ou artisans, chercheurs pointus ou enseignants de terrain, praticiens des arts et de la culture.
Et tel est le rôle le plus noble des académies ! Pas de cultiver l’entre-soi, mais de s’ouvrir aux autres, ceux de toutes les disciplines du savoir et de la création bien sûr, mais aussi, surtout, les publics les plus divers et les moins spécialisés.
Nous en avons eu une brillante démonstration par un grand esprit de la « république des lettres », Michel Zink, de passage dans la région à l’invitation de l’Académie d’Alsace, dont il est membre du Comité d’honneur. A Altkirch le 6 avril, à Strasbourg le 8, tous ont été conquis par l’érudition et le charme du membre fraîchement élu de l’Académie française, du secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, du professeur honoraire du Collège de France, du grand spécialiste des littératures françaises du Moyen Age, capable de déclamer pendant des heures des poèmes de troubadours en langue originale…
Michel Zink a fait un éloge de la vulgarisation, de la nécessité de trouver des formes adaptées pour toucher, cultiver, séduire des publics jugés a priori à distance. « Si la littérature médiévale devait rester uniquement affaire de spécialistes pointus, elle n’aurait aucune légitimité à être étudiée », dit-il. Cette recherche érudite doit venir enrichir le goût du public pour le Moyen Age, les châteaux en ruine, la chevalerie, elle doit montrer en quoi l’univers sensible de ce millénaire mal connu imprègne nos imaginaires et nous aide à nous définir dans la société, à préciser les notions de pouvoir, de conflits, d’amour.
Et cela marche ! Quatre cents personnes sont venues entendre Michel Zink.
Le fils du poète dialectal sundgauvien Georges Zink (sur la photo, il montre le livre de son père), devenu universitaire mondialement connu et auteur d’une vingtaine de livres soucieux de pédagogie, nous montre le chemin. Merci, cher prestigieux confrère !
Bernard Reumaux

 

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