Académie d’Alsace des Sciences, Lettres et Arts
    Académie d’Alsace   des Sciences, Lettres et Arts  

Les Agoras Démocratie participative

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16 novembre à Muttersholtz et 8 février à Mulhouse
Agora « La démocratie participative au banc d’essai » :
deux visites de terrain pour alimenter la réflexion

 

 

 

 

 

 

La démocratie participative au banc d’essai est le thème de l’une de nos Agoras. L’Académie d’Alsace avait proposé de mettre en regard deux expériences en cours en Alsace :

- l’une dans un village du Ried, Muttersholtz, « capitale française de la diversité en 2017 et territoire à énergie positive », dont les expérimentations en matière de démocratie participative font régulièrement parler d’elle ;

- l’autre, Mulhouse, deuxième ville d’Alsace, laboratoire social depuis longtemps dont les initiatives en matière de participation citoyenne sont nombreuses.


Malgré les disparités d’échelle et de milieu, qu’est-ce qui les rapproche ?  Qu’est-ce qui diverge ? Comment font-elles pour revitaliser le débat démocratique à l’heure de la crise de la démocratie représentative ?  Malgré les moyens mis en l’œuvre et l’engagement, voire la passion, des acteurs politiques, professionnels et associatifs, les résultats sont-ils à la hauteur des espérances ?

 

Rien de plus concret que d’aller voir sur le terrain De rencontrer sur place les acteurs de la démocratie participative.

 

Muttersholtz : exemplarité et limites
Le 16 novembre 2019, nous étions les hôtes, avec une délégation de la mairie de Mulhouse, de Patrick Barbier, maire de Muttersholtz et de son équipe municipale, pour des travaux pratiques in situ. Nous avons emprunté, comme les écoliers, « les chemins de transition ». Il s’agit d’un cheminement permettant aux scolaires comme aux usagers de se rendre dans les différentes écoles de la commune et dans les établissements publics à l’écart des dangers de la circulation : voies protégées, signalisation abondante et variée, environnement renaturé (jardin du Langert), panneaux pédagogiques ludiques.

Pour aboutir à ce résultat, un dialogue permanent ente les élus « qui ne détiennent pas le savoir parce qu’ils sont élus » et les usagers a été instauré sous la forme d’une recherche permanente d’un compromis, et de points d’étape permettant une restitution régulière de l’évolution du dossier.
Autre initiative patiente et négociée, l’installation de « pavés de la mémoire », ou Stolpersteine à l’endroit où vécurent des familles juives avant leur déportation lors de la Seconde Guerre mondiale.
Au moment de notre présence, nous étions à la veille d’une nouvelle consultation de la population autour de la revitalisation du cœur de village et de l’installation possible d’un Ehpad pour personnes âgées en son centre. Au-delà d’une consultation citoyenne classique, le projet ambitionnait une véritable « co-construction » liant mairie et citoyens, de la conception du projet jusqu’à la réalisation. Cette réalisation accompagnera le projet culturel, en cours, de rénovation de l’ancienne synagogue et sa transformation en lieu de spectacle et de résidence artistique pour lequel une première consultation citoyenne avait été lancée dès 2017.
De cette pratique constante d’un dialogue permanent ont émergé, entre autres, quelques projets et réalisations valorisant le vivre-ensemble dont notamment la multiplication des aires de loisirs et de jeux, un atelier fruit et miel, l’instauration d’une journée citoyenne qui attire beaucoup de monde et un Café littéraire mensuel à la Maison de la Nature.
Le tour de table qui a clôturé la visite a souligné à la fois l’exemplarité d’une démarche et ses limites. Hormis la journée citoyenne, où l’on trouve de nombreux candidats qui s’engagent pour une Journée (et guère davantage), la mobilisation de tranches plus larges de la population reste hypothétique. On s’engage en général facilement quand on est directement concerné. Dans le cas contraire, on semble faire confiance, à l’échelle de la commune du moins, aux vertus… de la démocratie représentative !

 

Mulhouse : multiplier les initiatives, innover, mobiliser
La rencontre à Mulhouse, le 8 février 2020, changea d’échelle. A la commune rurale de 2000 habitants succéda une commune de 130 000 habitants qui compte environ 130 nationalités en son sein. Ni l’échelle, ni l’organisation de la démocratie participative n’était comparable.

Pour autant, l’objet est le même : faciliter la participation des habitants et leur donner envie d’agir, faire se rencontrer les forces vives locales et valoriser leurs initiatives, multiplier les échanges d’expériences, s’engager sur davantage de transparence et faire confiance à l’intelligence collective.
Pour ce faire, une étroite collaboration entre les élus et l’agence de la participation citoyenne qui, comme son nom l’indique n’est pas un service municipal,  mais un établissement bénéficiant d’un conseil d’administration, d’un budget propre et composé de membres issus autant de la ville que de la société civile. Présidée certes par un élu, en l’occurrence l’adjointe au maire Cécile Sornin, plus spécialement chargée de coordonner les actions en matière de coordination participative, l’agence a selon la belle formule d’une de ses responsables « un pied à l’intérieur, et un autre à l’extérieur de la collectivité locale. »
Forte de dix personnes, elle facilite les échanges, anime les conseils participatifs des six grands quartiers de Mulhouse, les "Rendez-vous citoyens", et les concertations sur les projets de la ville. Elle est en charge également de la plate-forme numérique « Mulhouse c’est vous », dont le slogan inspire toute la philosophie et l’action de l’agence. Cette dernière gère aussi le Carré des associations, dénomination nouvelle pour caractériser ce qu’on nommait autrefois la Maison des associations, aux fonctions similaires : mise à disposition d’une plateforme de ressources et de services (salles, bureaux, espace courrier, mobilier d’affichage, cuisine équipée, outils bureautiques et matériel de reprographie).
Et le public dans tout cela ? Nous avons eu l’occasion de le rencontrer (un peu) dans le Passage du Théâtre, où deux représentantes du conseil participatif ont présenté l’esprit et le projet de rénovation de la galerie auquel elles avaient collaboré. Et surtout, au sein de la Tour de l’Europe, où le collectif d’habitants « Vive la tour », particulièrement engagé, a présenté le très dynamique Projet Seniors de la Tour de l’Europe, véritable alternative intergénérationnelle. L’idée est d’inciter propriétaires et acheteurs à aménager leurs appartements pour les destiner à un public senior de plus en plus nombreux à vouloir habiter le centre-ville.

Parmi les opérations en cours : l’aménagement de lieux pour des animations, une création de bibliothèque, d’ateliers, de jardin partagé, la réalisation d’un site internet d’entraide intergénérationnelle, un club de théâtre etc. Le dynamisme et le savoir-faire de l’association sont prometteuses. La Fondation de France, le Fonds de solidarité territorial soutiennent l’initiative qui cumule actuellement distinctions et prix.
La population de ce « village vertical » est d’environ 400 personnes, mais moins de 10 pour cent d’entre eux font partie du collectif « Vive la tour ». Ce qui est peu, démontre qu’il y a une marge pour les adhésions, et que la démocratie participative est loin d’être un concept partagé malgré les moyens mis en œuvre et la publicité donnée aux différentes actions.
L’échange avec les différents acteurs de l’agence de la participation citoyenne dans le local partagé, 88 Briand, autour de Céline Sornin, adjointe au maire, aux convictions fortes et à l’enthousiasme communicatif, en présence de Patrick Barbier, maire de Muttersholtz, qui avait accompagné les membres de l’Académie, a permis de prolonger autour d’un pot d’amitié la très riche visite du matin.

 

De cette double rencontre, à Muttersholtz et à Mulhouse, il ressort que les notions de démocratie participative ou de participation citoyenne doivent se vivre sur le terrain, s’expérimentant au jour le jour, supposant une attention constante et une patience infinie, une pédagogie adaptée pour un résultat souvent encourageant mais qui reste porté par une minorité et inspiré par quelques personnes convaincantes dont les capacités d’entraînement font merveille mais épuisent également.
Pendant que se déroulait et se terminait notre passionnante Agora, à quelques kilomètres de là, dans un autre quartier de la ville, une soixantaine de jeunes issus de bandes rivales s’affrontaient avec une rare brutalité…
Dans la crise de la démocratie représentative, la participation citoyenne est une réponse, elle n’est pas la panacée. Elle est loin d’être une formule magique même si elle est devenue un slogan facile de la campagne des municipales.

L’Agora que nous avons initiée a démontré au contraire combien sa mise en oeuvre est lente et difficile, chacun des acteurs qui la bâtissent sait qu’il faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier.


Gabriel Braeuner

L'Edito

Savoir d’où l’on vient,
pour préparer l’ « après »

La terrible épidémie qui ravage le monde a mis à mal les certitudes, bousculé les perspectives et réduit à néant les expertises. L’humanité, nue et tremblante comme après un cataclysme, s’interroge avec angoisse : de quoi demain sera-t-il fait ?
Le courage et la volonté, mais aussi la foi en la générosité et la création, seront les moteurs du redressement. Celui-ci aura lieu, même si nul n’en sait la forme et le calendrier.
Il est indispensable de commencer à y réfléchir, sans tabou, avec le cerveau et le cœur orientés à 360°, comme un radar cherchant des signes nouveaux.
Diffusées début mars, les Annales de l’Académie d’Alsace ont opportunément livré une histoire de notre compagnie (voir par ailleurs sur ce site). Elles donnent une réponse à la question de notre utilité dans le corps social : mobiliser des énergies et des bonnes volontés venues d’horizons différents, dans la recherche désintéressée d’un bien commun pour notre temps
Au lendemain du décès d’un de nos membres parmi les plus éminents, le professeur Francis Rapp, historien médiéviste à la brillante carrière, qui avait l’Alsace chevillée au cœur, une Alsace de tolérance et d’humanisme, savoir d’où l’on vient, méditer sur les drames passés pour contribuer à un monde d’harmonie, voilà la plus noble des éthiques, la plus féconde aussi.
L’Académie d’Alsace, dans l’esprit de ses pères fondateurs après la guerre, aura à ressourcer et à relier aux défis de l’ « après épidémie » sa belle mission.
Nous y reviendrons.


Bernard Reumaux

 

 

 

 

Bernard Reumaux

Réunion de préparation des Agoras, Strasbourg, 17 septembre 2019

 

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