Académie d’Alsace des Sciences, Lettres et Arts
    Académie d’Alsace   des Sciences, Lettres et Arts  

Réunion interacadémique de 2009
 

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Lancement des réunions inter-académiques
(Stanislas/Nancy, Metz, Dijon, Besançon)
Château de Pourtalès, 12 septembre 2009

 

Christiane Roederer

 

 

Madame Jeanne-Marie Demarolle, Président de l’Académie nationale de Metz
Monsieur le Professeur Robert Mainard, Président de l’Académie de Stanislas
Monsieur le Conseiller général Yves Le Tallec représentant le Président Jean Dominique Kennel
Monsieur le Comte Christian d’Andlau-Homburg, président de l’Association Paneuropéenne-Alsace
Monsieur le président Grossmann, notre conférencier

 


Chères Consoeurs, Chers confrères,

Une joie profonde m’habite ce matin dans le cadre un peu magique de Mélanie de Pourtalès, dans la demeure si chère à son cœur à laquelle elle adressa un message émouvant à la veille de la Grande guerre : « Adieu, adieu, ma chère province, chère maison ». C’est ici dans cette maison considérée pendant la longue annexion de l’Alsace comme un territoire français grâce à l’action diplomatique, au charme de l’hôtesse que les plus grands noms de l’Europe venaient saluer. C’est ici, dans ce lieu symbolique de l’esprit universel, de la fidélité à nos valeurs que j’ai l’honneur de vous souhaiter la bienvenue.

Une joie profonde disais-je pour la bonne raison que nous établissons aujourd’hui, du moins je le souhaite, un lien fort entre « les Trois grâces de l’Est » que le Président Daniel Grasset appelait de ses vœux.

Notre parcours historique n’est pas identique. Nous partageons néanmoins un même idéal, nos objectifs académiques s’inscrivent dans un même désir de connaissance et de partage. Nos Académies ne sont pas des cénacles mais des lieux où l’on enseigne et où l’on apprend dans la plus grande ouverture d’esprit et quand faire se peut en présence du public. C’est ainsi que nous ferons œuvre utile, c’est aussi notre raison d’exister.
Vous me permettrez de rendre un hommage particulier au Professeur Alain Larcan, notre avocat bienveillant à la Conférence nationale des Académies des Provinces. D’une certaine manière il est l’artisan de la place de l’Académie d’Alsace dans le beau jardin de L’Institut de France qui nous accueillera en octobre prochain avec les représentants des 31 académies des Provinces. Nous lui exprimons notre vive gratitude.
Je signale que notre confrère, Nicolas Stoskopf, historien à l’Université de Haute Alsace, est appelé à prendre la parole au cours de ce colloque consacré « Au progrès social ». Le titre de sa conférence : « Des industriels alsaciens contre le travail des enfants au 19e siècle ».  

La récente disparition  d’Adrien Zeller, président du conseil régional d’Alsace, me permet de rendre hommage à l’ami si attentif à nos travaux, à un homme qui incarnait l’ouverture d’esprit, la tolérance. Il fut l’héritier de cet humanisme rhénan illustré par Geiler de Kaysersberg, Jacob Wimpheling, Sébastien Brant, Beatus Rhénanus,   et plus près de nous par Albert Schweitzer et Pierre Pflimlin entre autres. Le Président Zeller fut une voix noble qui a transcendé les frontières et rapproché les êtres humains. Membre de notre comité d’honneur, il fut ce que nous tentons d’être au sein de nos Compagnies : des veilleurs attentifs à notre richesse patrimoniale et linguistique.

Strasbourg, ville frontière, au cœur de l’Europe, siège historique des Institutions européennes ; Colmar, capitale de la Décapole dont la constitution  remonte à 1354 comprend dix villes impériales de l’Empire romain germanique ; Colmar  est aussi le siège social de notre Académie. Je ne puis douter de la volonté des villes décapolitaines de voir notre rencontre académique s’inscrire dans une longue histoire d’amitié et de coopération. La partager avec L’Académie de Stanislas et l’Académie nationale de Metz est non seulement un honneur mais un engagement moral à la poursuite de nos objectifs communs.
Le Président Philippe Hoh, prédécesseur de Mme Demarolle, fut particulièrement attentif à nos travaux. Nous gardons en mémoire une belle rencontre à Sélestat, ville décapolitaine. Nous tenons à le rappeler et à le remercier pour sa fidélité.

De manière tout à fait légitime, on pourrait s’étonner du choix de deux châteaux pour cette première rencontre. Ce choix n’est pas dû au hasard. En effet, Pourtalès comme nous le dira notre conférencier, M. Robert Grossmann, fut pendant la difficile période de l’Annexion, un lieu où battait le cœur de la patrie perdue ;
Pourtalès, quelques années après la deuxième guerre, fut choisi pour accueillir le Schiller collège et devenir de ce fait le lieu de la réconciliation entre deux grandes nations et un lieu de rencontre entre des générations d’étudiants européens, américains, brésiliens notamment. J’ai croisé l’autre jour dans ce salon un groupe d’américains et d’allemands, amis depuis 1952  à la suite de leur séjour au Schiller collège. Mélanie de Pourtalès doit en  sourire de tendresse…  
Quant au château d’Andlau-Hombourg, il demeure un haut lieu de la noblesse d’Alsace sur une trajectoire de plus de mille ans admirablement mémorisée ( en 1972) par Hubert d’Andlau-Hombourg, une famille alliée aux plus grands noms de la noblesse d’Europe.
A ce propos, il me plaît de revenir un instant sur le rôle des femmes de la noblesse parmi lesquelles je citerais Jeanne de Ferrette, Marie-Anne Andlau, comtesse de Borg, Marie Ursule de Lutzelbourg, la baronne d’Oberkirch, Mélanie de Pourtalès qui furent souvent des médiatrices dans une société multiple en même temps qu’elles furent en correspondance avec l’élite cultivée de l’Europe : Montesquieu, Voltaire, Goethe, Paul Valéry. « Grâce à elles, nous confie le Doyen Georges Livet, l’Europe est présente à Strasbourg par la vertu suprême, celle de l’esprit… Nul ne survivra s’il ne vit par l’Esprit… Une devise secrète de notre Académie qui pourrait être inscrite au fronton du Parlement européen ». (fin de citation)
 Héritier d’une longue lignée, nous ne pouvons donc pas nous étonner de l’engagement du comte Christian d’Andlau-Hombourg, en tant que président de l’association Paneuropéenne-Alsace dont il sera question cet après-midi.

Ces lieux symboliques traduisent la spécificité de l’Alsace. C’est quelquefois une histoire difficile à assumer, difficilement explicable en raison de sa complexité au-delà des frontières de notre province. Sans oublier notre douloureux passé, nous pouvons considérer à présent qu’il constitue une richesse tant patrimoniale que linguistique. Le Français est notre langue perdue puis reconquise. Malgré la régression de l’Alsacien, cette langue de plaisir, l’enseignement de l’Allemand mis à mal par l’Anglais, le bilinguisme est un outil de communication précieux entre la France et l’Allemagne, pierres fondatrices de l’Europe.

Les ballottements de l’Histoire, cruels et castrateurs pour des générations à travers les siècles, ont néanmoins engendré la conscience de nous-mêmes, notre responsabilité au sein de notre société multiculturelle

Que représentent aujourd’hui nos Académies ? Des associations comme tant d’autres ?  Des assemblées fermées sur elles-mêmes ? Les présidents successifs de la Conférence nationale des Académies insistent à juste raison sur la nécessité d’aller à la rencontre du public, de partager avec lui nos valeurs, nos connaissances et nos aspirations.

Nous notons avec plaisir l’enthousiasme du public à répondre à nos invitations pour pénétrer avec nous dans le vaste champ exploratoire des sciences, de la littérature et de l’art. La passion des conférenciers sollicités suscite souvent celle de son auditoire. Il n’est pas rare de ressentir une fulgurance émotionnelle traverser l’assistance. Il en fut ainsi lors du cinquantenaire de notre Compagnie lorsque les Présidents Pierre Messmer et Alain Plantey ont pris la parole pour évoquer leur amitié avec le Général de Gaulle, pour réaffirmer leur amour pour  la France et leur attachement à la terre d’Alsace.

Soulignons encore que les prix attribués par nos Académies respectives sont des encouragements à la créativité, à l’excellence, toutes générations confondues.

« La communication inter académique demeure fondamentale pour maintenir un minimum de cohésion entre les différentes Académies regroupées au sein de la Conférence nationale des Académies » écrivait le président Daniel Grasset dans son éditorial à la Lettres des Académies en 2008.

Son message a été entendu par vous chères Consoeurs, chers confrères de Metz et de Nancy, et par vous, les membres de notre Compagnie. Nos liens sont d’autant plus forts que plusieurs d’entre vous font partie de deux académies de par leur lieu de naissance et de par leur activité professionnelle.

Créer des liens ce n’est ni capturer ni attenter à la liberté tout comme « partager » n’est pas « aliéner » comme pourraient le faire croire quelques esprits  chagrins.

Créer des liens c’est avant tout avoir le désir de rencontrer l’autre, en l’occurrence nos consoeurs et nos confrères, de découvrir leur patrimoine historique et culturel et de regarder, ensemble, vers d’autres lieux, vers d’autres cultures. Ne pas rétrécir le monde à l’aune de notre territoire, c’est nous faire exister et progresser.

C’est ainsi que le comité a décidé de tenir son Assemblée générale 2010 au CEEJA, ( le centre européen d’études japonaises d’Alsace) sis à Kientzheim dans le Haut-Rhin. L’Université de Haute Alsace compte à ce jour 9 doctorants-chercheurs en relation étroite avec l’Université de Tokyo.
Quant à nous, nous rêvons de découvrir le génie créatif du Japon, de comprendre son récent glissement vers la démocratie …. Et  plus prosaïquement nous rêvons d’assister à une cérémonie du thé… à laquelle vous êtes d’avance invités fort chaleureusement.

Il n’est pas dans mes intentions de porter mes pas vers le pays de l’utopie de  Platon car je sais que nous avons, les uns et les autres, à cheminer sur nos propres voies.
Je conclurai ces quelques mots par un appel à la patience et à la persévérance, afin de nous « apprivoiser » selon la jolie expression de Saint Exupéry.

 Nous saurons faire nôtres ces deux vertus pour pérenniser notre rencontre dans le temps, ce temps « père de toutes choses (qui) ne saurait faire qu’elles n’aient pas été accomplies ». (Pindare)
 

 

 

 

 

 

 

L'Edito


Vulgarisation ?
Le mot rebute souvent. Mais la réalité émerveille.
Car telle est la fonction et l’honneur des professionnel

s de la transmission, qu’ils soient intellectuels ou artisans, chercheurs pointus ou enseignants de terrain, praticiens des arts et de la culture.
Et tel est le rôle le plus noble des académies ! Pas de cultiver l’entre-soi, mais de s’ouvrir aux autres, ceux de toutes les disciplines du savoir et de la création bien sûr, mais aussi, surtout, les publics les plus divers et les moins spécialisés.
Nous en avons eu une brillante démonstration par un grand esprit de la « république des lettres », Michel Zink, de passage dans la région à l’invitation de l’Académie d’Alsace, dont il est membre du Comité d’honneur. A Altkirch le 6 avril, à Strasbourg le 8, tous ont été conquis par l’érudition et le charme du membre fraîchement élu de l’Académie française, du secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, du professeur honoraire du Collège de France, du grand spécialiste des littératures françaises du Moyen Age, capable de déclamer pendant des heures des poèmes de troubadours en langue originale…
Michel Zink a fait un éloge de la vulgarisation, de la nécessité de trouver des formes adaptées pour toucher, cultiver, séduire des publics jugés a priori à distance. « Si la littérature médiévale devait rester uniquement affaire de spécialistes pointus, elle n’aurait aucune légitimité à être étudiée », dit-il. Cette recherche érudite doit venir enrichir le goût du public pour le Moyen Age, les châteaux en ruine, la chevalerie, elle doit montrer en quoi l’univers sensible de ce millénaire mal connu imprègne nos imaginaires et nous aide à nous définir dans la société, à préciser les notions de pouvoir, de conflits, d’amour.
Et cela marche ! Quatre cents personnes sont venues entendre Michel Zink.
Le fils du poète dialectal sundgauvien Georges Zink (sur la photo, il montre le livre de son père), devenu universitaire mondialement connu et auteur d’une vingtaine de livres soucieux de pédagogie, nous montre le chemin. Merci, cher prestigieux confrère !
Bernard Reumaux

 

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