Académie d’Alsace des Sciences, Lettres et Arts
    Académie d’Alsace   des Sciences, Lettres et Arts  

Présentation de Madame Marie-Laure de CAZOTTE par Monsieur Gabriel SCHOETTEL

25 juin 2016, Mulhouse

 

 

 

Chère Marie-Laure,

 

Jusqu'à l'an dernier, je n'avais jamais entendu parler de vous. C'est un tort, mais c'est ainsi. Il a fallu qu'un documentaire télévisé fallacieux, sur l'incorporation de force dans les waffen SS, soulève l'indignation des survivants, des historiens et des politiques alsaciens,  pour que je voie surgir votre nom à la tête de la croisade pour réhabiliter la vérité et la mémoire de ces incorporés. J'ai eu l'occasion de vous dire mon étonnement, alors, de voir une Parisienne, non historienne, non spécialiste, ni contemporaine de cette époque, engagée à l'assaut de la citadelle jacobine et audiovisuelle. Mais à quelque chose malheur fut bon, puisque ce fut à l'occasion de ce combat-là que je découvris votre roman A l'ombre des vainqueurs, paru à l'automne 2014 chez Albin Michel.

 

Je ne referai pas, chère Marie-Laure, malgré l'envie, l'éloge de ce roman exceptionnel. L'Académie d'Alsace lui a attribué son Prix en 2015, et j'ai eu le privilège et le bonheur, au Salon du livre de Colmar, de dire tout le bien que nous pensions de ce roman. On peut se reporter aux Annales 2015 de l'Académie, ou bien à notre site, dont la visite est toujours pleine d'enseignements : la laudatio de votre roman et votre réponse y figurent en bonne place. Avant le Prix de l'Académie, votre roman avait obtenu le Prix des romancières à Saint-Louis, et le Prix du roman historique à Blois. Et, il y a de cela quelques  semaines, le Prix du deuxième roman de Marche-en-Marenne est venu s'ajouter aux trois premiers ! Ces récompenses ont évidemment couronné la qualité littéraire remarquable de votre roman. Permettez-moi aussi d'espérer qu'elles contribueront à défendre la mémoire, notamment à l'extérieur de l'Alsace-Moselle, de ceux qui se sont tus trop longtemps.

 

Mais vous avez eu une vie avant A l'ombre des vainqueurs, et nous espérons bien qu'il y en aura une après ! J'ai signalé tout à l'heure que votre roman venait d'obtenir le Prix du deuxième roman. Cela suppose évidemment qu'il y en avait eu un premier : eh bien  celui-ci, qui s'appelle Un temps égaré, paru aussi chez Albin Michel, avait obtenu le Prix du premier roman à Chambéry en 2014. Dépêchez-vous, chère Marie-Laure, d'en écrire un troisième : il ne peut qu'obtenir le Prix du troisième roman ! Il est vrai que vous ne passez pas tout votre temps à écrire des romans ! Et si c'est d'abord l'écrivain que nous avons le plaisir d'accueillir au sein de notre Académie, vous avez bien d'autres cordes à votre arc, cordes qui exaltent toutes la Beauté et l'Art. Spécialiste de l' Histoire des Arts, vous avez en effet collaboré avec Christie's, Drouot, LVMH, vous avez été et vous êtes encore consultante auprès d'institutions aussi prestigieuses que le Mobilier National ou la Fondation Carla Bruni. Et en tant que journaliste spécialisée, vous avez écrit plus de cent cinquante articles sur des collections, des artistes ou des expositions. Voilà bien un domaine qu'il me reste à explorer, chère Marie-Laure ; mais il ne vous a pas échappé que notre Académie est celle des Sciences, des Lettres et des Arts, et que vous aurez certainement l 'occasion de nous apporter vos lumières en la matière. Peut-être pourrez-vous aussi, lors d'une discussion à bâtons rompus, échanger sur le charme des gondoles à Venise, puisque je vous sais gondolière -mais oui ! - ce qui ne manquera pas d'intéresser nos consœurs féministes, ou sur l'arboriculture, puisque vos talents de pomologue s'exercent sur vos arbres fruitiers du château de Birkenwald.

 

Et puisque j'ai évoqué ce château, qui est celui de votre famille, je suis sûr que les historiens, qui sont nombreux dans l'Académie, voudront échanger avec vous sur le séjour qu'y fit un certain Philippe de Hautecloque, le 22 novembre 1944, juste avant d'entamer sa charge héroïque pour libérer Strasbourg, le lendemain. Quant aux écrivains, qui ne sont pas moins curieux, ni moins nombreux parmi nous, ils se souviennent sûrement que Prince Eric des romans scouts de notre adolescence commence ses aventures précisément dans ce château de Birkenwald. Vous le voyez, chère Marie-Laure, les sujets de curiosité et de discussion ne manqueront pas, qui nous font vous accueillir avec joie parmi nous. 

L'Edito


Vulgarisation ?
Le mot rebute souvent. Mais la réalité émerveille.
Car telle est la fonction et l’honneur des professionnel

s de la transmission, qu’ils soient intellectuels ou artisans, chercheurs pointus ou enseignants de terrain, praticiens des arts et de la culture.
Et tel est le rôle le plus noble des académies ! Pas de cultiver l’entre-soi, mais de s’ouvrir aux autres, ceux de toutes les disciplines du savoir et de la création bien sûr, mais aussi, surtout, les publics les plus divers et les moins spécialisés.
Nous en avons eu une brillante démonstration par un grand esprit de la « république des lettres », Michel Zink, de passage dans la région à l’invitation de l’Académie d’Alsace, dont il est membre du Comité d’honneur. A Altkirch le 6 avril, à Strasbourg le 8, tous ont été conquis par l’érudition et le charme du membre fraîchement élu de l’Académie française, du secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, du professeur honoraire du Collège de France, du grand spécialiste des littératures françaises du Moyen Age, capable de déclamer pendant des heures des poèmes de troubadours en langue originale…
Michel Zink a fait un éloge de la vulgarisation, de la nécessité de trouver des formes adaptées pour toucher, cultiver, séduire des publics jugés a priori à distance. « Si la littérature médiévale devait rester uniquement affaire de spécialistes pointus, elle n’aurait aucune légitimité à être étudiée », dit-il. Cette recherche érudite doit venir enrichir le goût du public pour le Moyen Age, les châteaux en ruine, la chevalerie, elle doit montrer en quoi l’univers sensible de ce millénaire mal connu imprègne nos imaginaires et nous aide à nous définir dans la société, à préciser les notions de pouvoir, de conflits, d’amour.
Et cela marche ! Quatre cents personnes sont venues entendre Michel Zink.
Le fils du poète dialectal sundgauvien Georges Zink (sur la photo, il montre le livre de son père), devenu universitaire mondialement connu et auteur d’une vingtaine de livres soucieux de pédagogie, nous montre le chemin. Merci, cher prestigieux confrère !
Bernard Reumaux

 

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