Académie d’Alsace des Sciences, Lettres et Arts
    Académie d’Alsace   des Sciences, Lettres et Arts  

Présentation de monsieur Rémy CASIN par Gabriel BRAEUNER

25 juin 2016, Mulhouse

 

 

 

Mais où sont donc nos bibliothécaires d’antan ? Gens érudits comme pouvaient l’être un imprimeur bâlois ou un humaniste sélestadien, forcément sélestadien, durant la même période. Maîtrisant le latin, le grec et même l’hébreu, excellent paléographe, naturellement bibliophile et connaisseur sinon collectionneur d’ex-libris, possédant évidemment le sien propre dont il aura confié la réalisation à un graveur de talent. Soyons honnêtes, ils sont devenus rares.

Le métier a changé, de même que son environnement. Les supports de conservation et de diffusion se sont élargis. Le livre est devenu un média parmi d’autres. Les bibliothèques sont aujourd’hui, au minimum des médiathèques, quand ils ne sont pas des pôles média culture comme à Colmar. Quant aux conservateurs qui, je vous rassure, ont toujours la tête bien faite, leur métier s’est transformé en agent compétent de développement local et le plus souvent en animateur recherché pour ses aptitudes à renforcer le lien social. Les médiathèques épousent de plus en plus les fonctions dévolues naguère aux centres socioculturels.

Alors, vous imaginez notre bonheur quand, de cette identité brouillée, émerge un « bibliothécaire comme autrefois » à la tête d’une bibliothèque qui a conservé et sa qualité et son nom.

Rémy Casin, né en 1963 à Mulhouse, fait partie de cette famille devenue rare. Pédagogue, à la solide formation initiale, titulaire d’un CAPES de lettres classiques (1986) et d’une agrégation de grammaire (1987), il enseigna, de 1987 à 2004, aux collèges de Livry-Gargan, Seloncourt, Bart, Thann pour terminer dans sa ville natale de Mulhouse au Lycée Schweitzer de 2001 à 2004.

Puis il changea de voie, sans changer de passion, puisque c’est au livre exclusivement qu’il se consacra. Il passa avec succès, en 2004, le concours interne de conservateur d’État de Bibliothèque et poursuivit pendant deux ans sa formation à l’ENSSIB de Villeurbanne. De 2007 à 2009, il est conservateur adjoint au directeur du Service de Conservation et Documentation de l’Université de Franche-Comté à Besançon où il fut en charge de la documentation électronique et de l’évaluation statistique.

Rémy Casin rejoint Colmar le 1er janvier 2010 en tant que conservateur des collections patrimoniales et d’études de la Bibliothèque classée de Colmar. À partir de 2012, alors que Colmar achevait son pôle média culture Edmond Gerrer, il garda ses attributions, devenant le responsable de la Bibliothèque des Dominicains. Vous avez bien entendu : Bibliothèque des Dominicains !

Et voilà qu’il est devenu, il y a peu, le chef de projet du très attendu Centre européen du livre et de l’image qui verra le jour en 2019 et valorisera l’exceptionnelle richesse du fonds ancien de la Bibliothèque des Dominicains. À côté de la nouvelle Bibliothèque humaniste de Sélestat, dont l’ouverture interviendra en 2018, cet établissement participera au rayonnement culturel de l’Alsace au-delà des frontières.

Nous ne pouvons qu’accompagner Rémy Casin de tous nos vœux et de notre collaboration dans la pleine réussite de ce noble projet. Que pouvions nous faire de mieux sinon de l’accueillir au sein de notre académie, à la section des Sciences de l’homme, où il a toute sa place, et où nous l’attendons avec une amicale impatience et un réel plaisir.

L'Edito

 

Travail académique
et utilité sociale

 

Quelle peut être l’utilité sociale de travaux académiques ?
La question circule au sein des académies en région affiliées à l’Institut de France et à ses cinq académies nationales. Et il apparaît que l’interdisciplinarité se révèle un outil précieux au service de la collectivité, surtout à l’heure de profondes remises en cause.
Le croisement des regards et des compétences se révèle gage d’efficacité maximale pour traiter de bonne manière les problématiques sociétales complexes. Fallait-il par exemple seulement confier la « gestion » de l’épidémie de Covid à quelques spécialistes pointus, sans ouvrir davantage aux économistes, géopoliticiens, philosophes, enseignants ? Un recours puissant et organisé à l’interdisciplinarité, aux curiosités croisées, à l’exigence de l’intérêt général, n’aurait-il pas été plus fécond, plus mobilisateur surtout, permettant de lever bien des doutes et d’éviter maints rejets ?
C’est dans cet esprit interdisciplinaire que l’Académie d’Alsace a travaillé, en 2019 et 2020, sur la politique castrale régionale, produisant un Rapport, consultable et téléchargeable sur ce site. Créé pour l’occasion avec quatorze de nos membres, le comité scientifique comprenait quelques historiens, mais aussi un metteur en scène d’opéra, un chef d’entreprise, un ethnologue, des responsables d’associations de terrain, une conservatrice de musée. Il s’est mis à l’écoute – entretiens, questionnaires, deux agoras publiques –, a travaillé pour produire des préconisations concrètes, dont nous savons qu’elles seront mises en œuvre.
Voilà l’utilité sociale de l’Académie d’Alsace adaptée aux exigences du XXIe siècle.
Voilà les orientations nouvelles de notre travail académique, nourri par la diversité féconde de nos membres, développé en agoras et groupes de travail, en symbiose avec le corps social dont nous avons mission de porter la continuité de valeurs façonnées par une riche et complexe histoire collective.

Bernard Reumaux

Président de l'Académie d'Alsace

 

Invitation à l’Agora du 19 novembre 2019

 

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